73e assemblée ordinaire des membres et forum des transports de la LITRA
(Berne, le 24.09.09). Des représentants des transports publics se sont exprimés au sujet de la politique des transports suisse et européenne lors du forum des transports de la LITRA. Le président de la LITRA, le conseiller aux Etats Peter Bieri (PDC/ZG), a plaidé en faveur de projets de transport qu’il s’agit de concilier avec leur financement. Le président des Chemins de fer français (SNCF), Guillaume Pépy, a présenté le projet stratégique à cinq ans retenu par son groupe pour faire face à l’ouverture des marchés et les convergences d’intérêt entre les CFF et la SNCF. Le directeur général des CFF, Andreas Meyer, a pour sa part mis l’accent sur l’offre de prestations, qui rencontre un franc succès, et sur la stratégie future de CFF Cargo. Il a également cité les projets de développement qui figurent au premier plan actuellement. Les membres de la LITRA ont en outre élu leur comité en le complétant pour une nouvelle période administrative, lors de leur 73e assemblée ordinaire.
«Creusons des tunnels et comblons les trous financiers». C’est sous ce titre que le conseiller aux Etats Peter Bieri a ouvert les feux de la 73e assemblée ordinaire des membres de la LITRA, qui s’est tenue jeudi. La Suisse peut se targuer d’avoir obtenu des acquis significatifs en matière de politique des transports ces dernières décennies. Il est possible à l’avenir de construire sur ces fondements. On ne saurait toutefois oublier que les communes, les villes et les cantons fournissent leur part dans le secteur des transports routiers et ferroviaires, tant régionaux que de proximité. La statistique révèle en effet que la Confédération, d’une part, les cantons et les communes, d’autre part, financent les investissements routiers à part égale. Dans le secteur des transports publics, en revanche, communes et cantons paient à peine 20 pour cent des coûts annuels qui ne sont pas couverts par les usagers. La Confédération finance les 80 pour cent restants.
La mobilité, qui continue de croître, nous coûtera davantage à l’avenir, indépendamment du fait que nous misions sur un développement ou sur le statut quo. Ce dernier scénario serait toutefois lié à une détérioration de l’état de fonctionnement des réseaux et ne saurait par conséquent constituer une vision d’avenir prometteuse, a souligné le président de la LITRA.
Les bouchons qui caractérisent le réseau routier, les retards et le manque de places assises dans les transports publics sont autant d’indices qui montrent que notre infrastructure de transport est proche de la saturation. Aussi des projets d’extension des infrastructures sont-ils nécessaires, qu’il s’agit de concilier avec leur financement. Il est en l’occurrence important de trouver des majorités populaires favorables aux projets de développement des transports publics et qui acceptent de les financer. Un financement plus important des transports publics par les usagers – une revendication que l’on entend plus souvent – ne doit pas conduire à une hausse des prix qui favoriserait un report de trafic sur la route. Des solutions innovantes et consensuelles sont de mise. Exprimée en termes réels, la part du budget fédéral affectée au secteur des transports est en constante diminution. Les transports publics observent cette évolution avec beaucoup d’inquiétude. Une croissance des dépenses de moins de 2 pour cent signifie que les dépenses reculent en termes réels. S’ajoute le fait que les aspects financiers liés au maintien de la fonctionnalité du réseau CFF et aux coûts d’entretien croissants ne sont pas résolus. Toutes les prévisions de trafic faites jusqu’ici se sont avérées exactes. En Europe, la Suisse assume un rôle de précurseur en menant une politique des transports à l’enseigne de la mobilité durable.
Le président de la SNCF, Guillaume Pépy, a tout d’abord présenté les cinq branches du groupe SNCF que sont l’infrastructure, le transport public de proximité en France et à l’étranger, le transport ferroviaire longue distance des voyageurs en Europe, le transport et la logistique marchandises dans 120 pays situés sur les 5 continents, le développement et la gestion de 3’000 gares en France et la réalisation de projets de gares dans le monde entier. Le code génétique de la SNCF – celui d’une entreprise historique, avec des racines publiques et une solidité financière – constitue sa force. Guillaume Pépy: „Nous ne faisons pas la course de la concurrence avec des boulets aux pieds, mais au contraire avec des atouts.“ La SNCF va s’adapter à la concurrence sur tous les métiers. Elle s’y prépare sans renier les valeurs qui la caractérisent. C’est le projet stratégique Destination 2012, dont l’ambition est de faire de la SNCF un groupe français de services de mobilité durable d’envergure internationale, à l’enseigne de l’écomobilité (écologique et économique). La SNCF va grandir en étendant la palette de ses activités dans le domaine de la mobilité et en étendant son rayon d’action en Europe. La SNCF veut devenir un leader mondial dans le secteur du fret et de la logistique multimodale en renforçant ses positions.
Elle entend être l’acteur de référence du service public de transport de proximité en France et se développer à l’international. Elle vise à conforter le leadership mondial de la grande vitesse et l’étendre sur tous les continents. Et Guillaume Pépy de déclarer «Nous voulons faire du TGV un succès mondial».
Le groupe français entend également être la référence française et mondiale de l’expertise réseau pour rénover et construire des réseaux ferroviaires. Enfin, il poursuit le développement dynamique et harmonieux des gares en France tout en réalisant d’importants projets de gares en Chine, en Arabie Saoudite, en Inde, au Royaume Uni.
Guillaume Pépy a ensuite abordé la question du partenariat stratégique. Dans ce nouvel horizon qui s’ouvre, SNCF et CFF ont des convergences d’intérêt manifestes sur la grande vitesse, sur le transport de proximité et sur le Cargo, a-t-il déclaré. Dans le secteur de la grande vitesse, il s’agit de donner une nouvelle dimension au partenaire commun qu’est Lyria à la faveur de l’ouverture prochaine des liaisons Rhin-Rhône et Haut-Bugey. L’acquisition de 13 nouvelles rames TGV en fera un opérateur «à la pointe». Dans le secteur du transport de proximité, il est prévu de proposer une offre ferroviaire commune transfrontalière dans la région genevoise (CEVA) et à Pontarlier. La SNCF sera active auprès des collectivités publiques françaises pour promouvoir le CEVA dès 2017. La candidature d’Annecy aux JO 2018 peut être un catalyseur que la SNCF appuiera, a relevé Guillaume Pépy. Dans le secteur Cargo, la SNCF vise des solutions transnationales de bout en bout, pour répondre à l’attente de ses grands clients. Cette ambition implique qu’elle soit à même de proposer, sous sa responsabilité, des solutions de transit sur l’axe nord/sud, où elle est aujourd’hui absente. Aussi la SNCF est-elle partie prenante du processus lancé par CFF Cargo. Elle a proposé une solution fondée sur l’association des EF internationales, qu’elle considère plus innovante et génératrice de synergies que la prise de participation d’un tiers au capital de CFF Cargo, mise en avant initialement. SNCF et CFF doivent saisir ensemble les nouvelles opportunités qui s’ouvrent. La SNCF est prête, a conclu Guillaume Pépy.
Le directeur général de CFF SA, Andreas Meyer, a tout d’abord présenté les résultats enregistrés lors du premier semestre 2009. L’entreprise est sur la bonne voie en dépit de la morosité conjoncturelle. Les efforts déployés portent leurs fruits. C’est ainsi que la ponctualité s’est sensiblement améliorée en passant de 87,0 pour cent à 91,1 pour cent en 2009. En trafic international, le nombre de passagers s’est accru de 47 pour cent depuis 2005. De nouvelles améliorations de l’offre de transport sont prévues à partir de décembre 2009. La SNCF et les CFF tirent profit ensemble des potentiels du marché à la faveur de l’extension du réseau à grande vitesse. Bâle et Genève se transforment en véritables portes d’entrée du trafic international entre la Suisse et la France.
Des offres de bonne qualité sont élaborées avec le concours des chemins de fer des pays voisins. Les préparatifs des uns et des autres en vue de l’ouverture des marchés entament toutefois la volonté de collaborer.
Il importe de ne pas mettre en péril de manière irréfléchie les acquis de structures ferroviaires bâties au fil du temps et d’analyser minutieusement les répercussions de la libéralisation enregistrées jusqu’ici. CFF Cargo est bien ancrée sur le marché. En quête d’un partenaire stratégique pour CFF Cargo, nous avons retenu deux options: la vente d’une participation minoritaire (par exemple à la SNCF ou à la DB) et la poursuite des activités de manière autonome. Dans les deux cas, des coopérations avec 5 autres partenaires potentiels sont envisageables. La décision tombera d’ici à la fin de l’année.
Andreas Meyer a attiré l’attention des participants sur l’utilisation accrue du réseau, sur le quota de remplacement moindre qui existe dans le secteur de l’infrastructure. Il a estimé le retard à combler en matière de renouvellement à environ un milliard de francs. Ce besoin accru de crédits a des répercussions sur la convention de prestations que la Confédération conclura avec les CFF pour les années 2011 et 2012. Des solutions communes doivent être recherchées, a souligné le directeur général des CFF. Il s’agit de continuer à accroître l’efficience de l’infrastructure CFF, de ne se contenter d’aucun compromis en matière de sécurité et de qualité et de se pencher sur un plan de renoncement en indiquant le prix et les répercussions. L’enjeu consiste à obtenir un équilibre judicieux entre les investissements et l’entretien. Quant aux projets d’extension du réseau ferroviaire, six projets urgents figurent au premier plan à l’enseigne de ZEB: une 4e voie entre Lausanne et Renens, le tunnel d’Eppenberg, les accès au tunnel de base du Gothard, la ligne diamétrale de Zurich et ses accès, le désenchevêtrement de Liestal et une réduction des intervalles entre les trains sur la ligne Berne- Thoune. Cela étant, les cantons sont appelés à faire leur part, par exemple en avançant des fonds. Les initiatives prises à ce titre par les cantons de Zurich, de Genève/Vaud, de Lucerne et de Zoug sont novatrices, a relevé Andreas Meyer.
Les membres de la LITRA ont en outre élu à leur comité MM. Philippe Gauderon, membre de la direction du groupe CFF SA et responsable de l’Infrastructure, Bruno P. Melnik, délégué du conseil d’administration, directeur de l’entreprise ferroviaire Schweizerische Südostbahn SA, Guido Schoch, directeur des Transports urbains zurichois, Stéphane Wettstein, directeur de Bombardier Transportation Suisse, Zurich, Edith Graf-Litscher, secrétaire régionale SEV Zurich, conseillère nationale (PS/TG), Zurich, et Daniel Steiner, responsable de l’unité Technique de transport Alpiq InTeC SA, membre de la direction et responsable de Kummler et Matter SA, Zurich.
Le nouveau responsable de la LITRA, Matthias Dietrich, a été présenté lors de l’assemblée des membres. Il succédera au début du mois de novembre à l’actuel rédacteur et responsable, Tony Lüchinger, démissionnaire.
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