Alliances et offres améliorées
litra. En forgeant des alliances transfrontalières et en créant de meilleures offres, les chemins de fer veulent attirer des nouveaux passagers en trafic international. À cet égard, les accords de coopération entre réseaux ferroviaires européens constituent des maillons importants. Quelle est l’offre actuelle et quelle sera l’offre future des chemins de fer? Voici une vue d’ensemble.
Depuis 2001, le chiffre d’affaires des chemins de fer en trafic international a rapidement diminué. Alors que, en 2002, chaque vingtième voyage en train était un voyage transfrontalier, cette proportion est tombée, en 2004, à chaque 27e voyage. L’une des raisons principales de cette évolution réside dans les offres à première vue bien plus avantageuses des compagnies aériennes à bas prix.
Au début de l’engouement pour les vols à bas prix, les chemins de fer n’avaient pratiquement pas d’alternative à proposer. Leur politique est axée en premier lieu sur les besoins nationaux, chaque réseau a ses tarifs spécifiques et sa propre publicité. Ils ne disposent pas d’un système de distribution commun, coiffant les tarifs nationaux. EasyJet et les autres compagnies de ce genre ont su doubler les chemins de fer. D’un jour à l’autre, des concurrents dont le marketing-mix couvrait tout le marché avaient fait leur apparition.
Mais les chemins de fer suisses ont tiré les leçons de cette évolution. Ils ont recensé leurs points forts et ont amélioré leurs points faibles. Ils se sont concentrés sur un rayon d’action de quatre heures, sachant que, pour des temps de parcours de quatre heures, leurs atouts sont supérieurs ou pour le moins équivalents à ceux de l’avion. De plus, ils ont forgé des alliances avec les principaux réseaux ferroviaires voisins dans le but de prospecter le marché en commun. L’alliance «Rheinalp» conclue avec les chemins de fer allemand (DB) est l’exemple le plus récent de cette évolution. Elle est moins étendue que celle qui lie les CFF aux Chemins de fer français et à Trenitalia, mais les chemins de fer suisses y voient un symbole. Il est important, par exemple, que les spécialistes du marketing traitent ensemble le même marché. Les championnats du monde 06 en Allemagne leur fourniront l’occasion de faire face conjointement à ce défi et de le relever.
Durant longtemps, chaque chemin de fer européen planifiait en première priorité son trafic interne. Puis, dans un deuxième temps, les liaisons internationales ont été intégrées dans les concepts d’offre nationaux. Inutile de dire que cette stratégie n’a pas toujours conduit à des offres concurrentielles. L’exemple suivant l’illustre bien: Le train conduisant de Bruxelles à Brigue s’arrêtait durant 45 minutes ( !) à Bâle jusqu’au jour où les CFF purent l’intégrer dans leur système d’horaire cadencé. Il est clair que telles offres étaient de nature à leur faire perdre des clients plutôt que d’en gagner. C’est donc bien l’offre qui conditionne le comportement du client et non le nombre potentiel de ceux-ci, comme le montre la structure actuelle de la demande.
Aujourd’hui, la densité actuelle des trains atteint presque le degré de saturation complète du réseau. Aussi une amélioration de l’offre n’est-elle concevable qu’au prix d’investissements considérables dans les infrastructures et dans le matériel roulant. Ces conditions limitatives contrastent violemment avec les efforts des pouvoirs publics de limiter les dépenses et avec la lutte entre le rail et la route pour l’obtention de moyens financiers, une lutte qui devrait encore s’accentuer ces prochains temps.
Et pourtant, les effets provoqués par de meilleures offres ont pu être clairement constatés assez récemment. Le changement d’horaire du 12 décembre 2004 a permis aux CFF d’augmenter d’un coup de 12 pour cent leur offre en trafic interne voyageurs. Cette amélioration a induit rapidement une réaction de la part de la clientèle, le nombre des usagers ayant augmenté en 2005 de 8,9 pour cent sur l’ensemble du réseau et même de presque 12 pour cent sur la nouvelle ligne. L’introduction de Rail 2000 montre donc à l’envi qu’à une amélioration de l’offre correspond une plus forte demande.
Un autre exemple est celui du trafic «affaires» sur la liaison Genève – Paris. Après l’entrée sur le marché de la compagnie EasyJet, en 2002, le nombre des usagers des chemins de fer a sensiblement rétrogradé. Avec leur système tarifaire statique, les CFF n’étaient pas en mesure de contrer la compagnie à bas prix qui travaille avec le système flexible du «Yield-management». Aujourd’hui, les CFF disposent d’un «Yield-management» et d’un système de distribution utilisant largement les applications offertes par Internet. Les CFF sont ainsi en mesure de montrer les dents dès lors qu’il s’agit de présenter leur offre sur le marché. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Les parts de marché perdues durant les années 2002 et 2003 ont été récupérées et même dépassées. Tout porte à croire que le nouvel horaire à la cadence de deux heures qui sera introduit lors du changement d’horaire 2006 entre Zurich et Stuttgart contribuera aussi à augmenter les parts de marché des chemins de fer. 2008: L’année de tous les espoirs Après l’offensive qu’ils ont lancée en trafic intérieur avec la mise en service du concept Rail 2000, les chemins de fer suisses veulent s’occuper des trafics transfrontaliers. Ils sont conscients, en effet, qu’il y a beaucoup à faire dans ce segment. En trafic avec les pays voisins, la part de marché des CFF atteint à peine 10 pour cent. Le trafic aérien et le trafic routier couvrent 90 pour cent des déplacements, la route étant encore toujours le numéro 1.
Le changement d’horaire 2007/2008 dopera littéralement les chemins de fer suisses. L’ouverture du tunnel de base du Lötschberg et l’avènement du TGV Est auront pour effet l’extension de la zone de quatre heures propice aux déplacements par chemin de fer. Le nouveau Cisalpino permet de réduire la durée du voyage de Bâle à Milan en décembre 2007 à 4 heures et 03 minutes, celle de Berne à Milan à 2 heures 56 minutes environ. Le TGV Est met Paris à 3 heures et demie de Bâle et à 4 heures et demie de Zurich. Deux importantes métropoles européennes se rapprochent de plus d’une heure. 2007 sera donc une année-clé pour les liaisons internationales ferroviaires entre la Suisse et les pays voisins.
Améliorer les liaisons ferroviaires Il y a encore beaucoup de pain sur la planche dans ce domaine et il est indispensable d’améliorer rapidement les connections avec l’étranger. Par exemple, Munich est une destination très attractive mais les quatre liaisons quotidiennes trop lentes n’invitent guère à la visiter. Il est nécessaire d’améliorer les voies d’accès, ce qui nécessite des décisions politiques et peut, par conséquent, retarder la mise en œuvre de projets. C’est le cas notamment pour le tronçon TGV Genève – Paris, vu que la réouverture de la ligne directe de Bellegarde à Bourg-en-Bresse a été reportée à 2008 ou plus tard. De bonnes liaisons avec les centres urbains des pays voisins apportent de nombreux avantages à la Suisse. Les chemins de fer ont un grand besoin de rattrapage dans le domaine des systèmes tarifaires et des canaux de distribution. Les alliances mentionnées ci-dessus constituent une bonne base pour des améliorations dans ces secteurs.
Encadrés
Une gérance exercée depuis plus de 100 ans Le plan européen de formation des trains contient toutes les données nécessaires relatives à la composition des trains réguliers internationaux, ainsi que le nombre et le type des diverses liaisons directes. Les informations qu’il renferme servent également de base au calcul des redevances pour la mise à disposition des voitures. Ce document est aussi utilisé pour dresser les plans de réservation des places, les plans de formation des trains et les tableaux des départs pour le prochain changement d’horaire. Depuis 134 ans, les liaisons directes ferroviaires internationales existent en Europe, et depuis plus d’un siècle les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) sont le réseau gérant du plan européen de formation des trains.
La commande électronique de sillons Deux conférences sur l’horaire ont lieu chaque année, qui ont pour but d’offrir aux représentants de 35 pays d’Europe réunis dans le «Forum Train Europe» la possibilité de coordonner leurs produits transfrontaliers. Avant ces rencontres, les réseaux représentés introduisent leurs propositions dans le système «Pathfinder», l’instrument informatique international permettant de commander des sillons pour le trafic voyageurs et marchandises aux gestionnaires de capacités. Les décisions prises lors des conférences sont actualisées directement dans le système. La prochaine réunion, chargée de préparer l’horaire 2007, aura lieu en juin en Pologne.
La course aux bonnes affaires Par Internet (www.sbb.ch), il est possible par exemple d’acheter un nombre restreint de billets à 45 francs pour les trains Cisalpino circulant entre Genève et Venise (billets «Click&Rail»). Il s’agit d’une offre très concurrentielle par rapport aux transports aériens à bas prix. Sur la liaison Genève – Paris, la clientèle s’est à nouveau tournée vers le rail. À l’heure actuelle, la part de marché des chemins de fer est plus importante qu’elle ne l’était lors de l’arrivée d’EasyJet sur le marché en 2002. Plus de trois millions de personnes ont emprunté le TGV en 2005.
L’enseignement tiré des compagnies aériennes à bas prix Les chemins de fer suisses ont beaucoup appris des compagnies aériennes à bas prix. Dans de nombreux cas, ils proposent aujourd’hui d’avantageuses offres spéciales. Dans le segment des voyages d’une durée de quatre heures, le chemin de fer est pour le moins équivalent au point de vue temps, car il connecte le centre des villes, ne nécessite pas d’enregistrement compliqué et offre souvent plus de liaisons que l’avion. Pour les clients qui ne considèrent que le prix, l’image des chemins de fer est encore toujours celle d’un moyen de transport onéreux, ce qui n’est pas le cas.
Monsieur Pictet renonce Pourquoi Monsieur Pictet devrait-il payer 210 francs pour un aller et retour en train entre Genève et Paris alors qu’il peut faire un aller et retour en avion avec EasyJet pour 46 francs ? Cette question est d’autant plus pertinente que l’avion est trois fois plus rapide que le TGV, dont le temps de parcours est de trois heures et demie. Mais Monsieur Pictet fait un faux calcul. Les taxes d’aéroport s’ajoutent au prix des passages. En définitive, il payera 90 francs. Il pourrait trouver un prix réduit non seulement chez EasyJet, mais aussi auprès des chemins de fer: 78 francs aller et retour ! Et pour ce qui est du temps de voyage, il faut tenir compte du fait que l’avion vole d’un aéroport à l’autre tandis que le train relie directement le centre des villes. Trois heures et demie passées dans le train sont plus agréables que trois heures et demie de transferts, d’attente au guichet d’enregistrement, au contrôle des bagages et d’attente à la porte d’embarquement. De plus, M. Pictet devra constater que les transferts du centre ville à l’aéroport et vice-versa peuvent être très onéreux.
Alliances des FCC en trafic international voyageurs
| | Cisalpino | Lyria | Rheinalp | | Partenaires | Trenitalia, SBB (chacun 50%) | SNCF (74%), CFF (26%) | DB, CFF (chacun 50%) | | Existe depuis | 1993 | 1993 | 2006 | | Tâche | Exploitation, marketing | Seulement la commercialisation, pour compte propre | Seulement la commercialisation, pas de compte propre | | Comprend | Tous les trains à longue distance entre la Suisse et l’Italie (sauf les trains de nuit) | Toutes les relations entre Paris et la Suisse au départ de Genève, Lausanne – Vallorbe et Zurich – Berne. Dès la mi-2007, Zurich – Bâle – Paris. | Tout le trafic avec l’Allemagne via les points frontières de Bâle, Schaffhouse et St Margrethen – Lindau. | | Perspectives | Ouverture du tunnel de base du Lötschberg (décembre 2007): réduction du temps de parcours Bâle – Berne – Milan, 6 liaisons journalières au lieu de 4, 14 nouvelles rames Cisalpino 2. | Ouverture du TGV Est (mi-2007): réduction des temps de parcours Zurich – et Bâle – Paris, plus de liaisons TGV; ligne Haut-Bugey (2008 ou plus tard): temps de parcours réduit entre Genève et Paris; TGV Rhin – Rhône (2010 ou plus tard): Le temps de parcours Bâle – Paris diminue encore plus. | Zurich – Stuttgart (décembre 2007): 7 au lieu de 6 paires de trains chaque jour offrant plus de places et de confort (rames ICE-T composées de 7 éléments). Augmentation du nombre des liaisons ICE avec des centres touristiques suisses à l’étude. |
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