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Transports et place économique suisse

Doris Leuthard, Conseillère fédérale


Transports et place économique suisse

Doris Leuthard, Conseillère fédérale
Forum des transports de la LITRA

4 octobre 2007, Kultur-Casino, Berne


Monsieur le Conseiller d’Etat,
Monsieur le Président du Conseil des Etats,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Chers membres et hôtes de la LITRA,

Aujourd’hui, lorsque nous parlons de transports, nous sommes appelés à évoquer des aspects concurrents qui concernent à la fois la mobilité, les coûts, la sécurité et l’écologie.

Les transports soulèvent des questions politiques complexes qui exigent régulièrement de peser les intérêts en présence et de définir des priorités. Ils sont l’image d’un moteur économique performant et sont indispensables au développement de la société. Comme le disait le patron de BMW, Eberhard von Kuenheim, les transports ne sont pas la conséquence de notre prospérité, ils en sont le fondement. A titre d’exemple, la population suisse a parcouru en moyenne près de 19 000 kilomètres à l’intérieur du pays et à l’étranger en 2005, soit l’équivalent de presque la moitié du tour de la Terre. Autre constat, si 31 % des ménages ne possédaient pas de voiture en 1984, ils ne sont plus que 19 % aujourd’hui dans cette situation. Il s’agit d’une évolution révélatrice de prospérité, mais source de problèmes de trafic et de climat.

Si nous voulons accroître la prospérité, comme le prévoit le programme de la législature 2003 à 2007, nous ne pouvons faire l’impasse sur les transports. Les transports doivent être conçus dans une perspective efficace et durable, et faire cas dans une mesure toujours plus grande des préoccupations écologiques.

Dans l’ensemble, les infrastructures de transport et leur utilisation apportent une contribution importante à la croissance économique. Pour la Suisse, l’apport du rail et de la route à la croissance est estimé à quelque 2,6 milliards de francs par an.

Parmi les quatre modes de transport, la route et le rail sont les plus importants pour l’économie et la société. Sans le développement des routes, la croissance se grippe et les réseaux sociaux se délitent, en particulier dans les régions.

Prenons la route ! Entre 2000 et 2005, les distances parcourues en voiture par personne sont pour la première fois restées constantes. o­n se déplace en voiture en Suisse d’abord pour les loisirs (45 % des distances), ensuite pour le travail et la formation (27 %), enfin pour les achats (11 %). Il est tout de même capital de maintenir, d’entretenir et d’optimiser notre infrastructure routière. Atteindre un équilibre idéal entre mobilité, coûts, sécurité et écologie constitue également un défi. Estimé à 78 %, le transport privé par la route reste le mode le plus utilisé. Mais ce n’est pas pour autant que nous aspirons à affirmer le principe du « plus de bitume pour plus de liberté ».

Il s’agit néanmoins de construire, de transformer et de réparer dans un esprit d’efficacité. L’offre de base et les projets de développement doivent être conçus en fonction de la demande et dans la perspective d’une durabilité écologique. Les usagers ne sont pas les seuls à souffrir des chantiers qui fleurissent partout. Sur les routes nationales par exemple, les chantiers o­nt été à l’origine d’un quart des bouchons survenus en 2005. Ces lieux en travaux engendrent des coûts économiques considérables, qui peuvent atteindre jusqu’à 1,5 milliard de francs par an. Avec le transfert de la responsabilité du réseau routier national à la Confédération, j’espère que la planification coordonnée des chantiers sera meilleure dès 2008.

Cela étant, les chantiers ne vont pas disparaître à l’avenir. L’infrastructure routière doit répondre à des standards de sécurité élevés ; des catastrophes comme celles du Gothard ou du Mont-Blanc ne doivent pas se reproduire ; les ponts ne doivent pas s’effondrer comme récemment aux Etats-Unis. Mais dans cette recherche de la sécurité optimale, il ne s’agit nullement de faire des routes dorées sur tranches.

Personne ne me contestera : arriver à temps à Zurich en empruntant la A1 depuis Berne le vendredi relève d’un véritable exploit. Or développer le réseau routier ne permettrait de résoudre que dans une moindre mesure les surcharges de trafic qui étranglent les agglomérations et les autoroutes. Il faut donc avoir recours aux transports publics. Car les embouteillages coûtent des milliards ; ils augmentent les frais de production et affectent la compétitivité de notre économie. Le Conseil fédéral et le Parlement se sont déjà attelés à ce problème : en 2006, le législatif a adopté un fonds d’infrastructure destiné à financer des projets importants qui visent à résoudre les problèmes dans le trafic d’agglomération, à achever et à sécuriser le réseau des routes nationales et à maintenir l’infrastructure dans les régions de montagne et les régions périphériques.

Poursuivons avec le rail ! Les transports publics par le rail forment l’épine dorsale de la mobilité dans et entre les agglomérations. Les relevés de l’Office fédéral de la statistique indiquent que les distances parcourues en train par personne o­nt augmenté de 19 % entre 2000 et 2005. La Suisse fait office de plaque tournante dans les transports ferroviaires européens. Dans notre pays, la majorité des kilomètres parcourus par les gens se font en train. Sans le rail, la Suisse serait paralysée depuis longtemps.

Qui plus est, les transports publics sont de grands pourvoyeurs d’emplois : à eux seuls, les chemins de fer occupent quelque 62 000 personnes. Globalement, chaque emploi dans les transports publics en génère quatre autres. Mais par ailleurs, il ne faut pas se voiler la face : les transports publics occupent une grande place dans les comptes de la Confédération, des cantons et des communes.

A elle seule, la Confédération dépense près de 5 milliards de francs. Environ 3 milliards sont financés par le budget ordinaire (pour l’entretien et l’exploitation des infrastructures et pour le trafic régional). Il faut ajouter à cela quelque 2 milliards provenant du fonds FTP, un financement spécial unique au monde qui dégage un volume d’investissement de 30 milliards de francs.

Les investissements dans le matériel roulant et les nouvelles infrastructures o­nt des retombées particulièrement importantes sur l’économie. Ces dernières années, plusieurs fabricants traditionnels de matériel roulant o­nt certes disparu du marché, ou o­nt été absorbés par des groupes industriels étrangers. Et pourtant le développement des fabricants de matériel roulant en Suisse montre comment, avec des idées géniales et beaucoup d’esprit d’entreprise, des groupes naissent, acquièrent en quelques années une envergure internationale et parviennent, de la Suisse, à s’imposer sur les marchés internationaux.

Ces phénomènes déploient des effets positifs sur l’ensemble de l’économie. Les entreprises de transport public attribuent des commandes pour environ 4,5 milliards de francs par an. Hormis l’industrie du matériel roulant, le secteur des transports profite aux fabricants suisses de bus, à toute la branche de la construction, aux entreprises de l’artisanat, du commerce et de la planification, et aux entreprises de services. Aujourd’hui, l’économie suisse des transports tient donc une place plus importante que jamais. Mais il serait suicidaire de se contenter des structures actuelles. Le paysage européen des transports est en pleine mutation.

« Gouverner, c’est prévoir » : ce principe s’impose également en politique des transports. C’est la raison pour laquelle, il y a deux ans, le Conseil fédéral a décidé de jeter les bases d’un nouveau système ferroviaire, avec la Réforme des chemins de fer 2. Or le Parlement a rejeté le projet en demandant qu’on le scinde pour qu’il soit plus digeste. Le Conseil fédéral a présenté le premier plat du menu « politique des transports » le printemps dernier. Les principes de la réforme restent les mêmes en dépit de la démarche par étapes qui a été choisie. Il s’agit

  • de garantir une exploitation des transports publics de qualité et efficace, dans l’ensemble du pays ;
  • d’harmoniser le financement de l’infrastructure ferroviaire, de mettre les chemins de fer privés au même niveau que les CFF et de renforcer la sécurité des voyageurs ;
  • d’améliorer la compétitivité du rail en harmonisant les normes suisses avec les normes européennes.
Pour ce qui est de l’aviation: La Suisse dépend autant du transport aérien que des autres modes de transport. Dans la mobilité annuelle des voyageurs, la part de l’avion s’élève à quelque 18 %, ce qui explique pourquoi nous visons des conditions-cadre optimales. La sécurité de la planification de l’aviation, tout comme celle du rail et de la route, est un impératif pour la place économique suisse. Or la situation économique générale des compagnies aériennes, le renforcement des prescriptions de sécurité ou les décisions unilatérales venant d’Allemagne ne permettent pas d’instaurer cette sécurité. A cela, il faut ajouter la catastrophe d’Ueberlingen, qui a été vécue comme un véritable choc par la surveillance aérienne, ou les initiatives qui soulèvent des questions relatives à la limitation du nombre des mouvements aériens.

Le Conseil fédéral devra prochainement se déterminer sur la façon de concilier les différentes exigences : le raccordement au réseau international, un régime de vols toujours plus strict, les questions de coût et de sécurité, la propension des gens à vouloir toujours plus de vols, la préservation du climat et la protection contre le bruit. Le règlement de ces questions, notamment, doit s’inscrire dans le cadre d’une stratégie globale portant sur le trafic aérien et par le biais de la loi sur l’aviation (LA).

Pour la place économique suisse, il est indispensable que nous disposions de liaisons internationales directes. Il est indispensable que l’infrastructure du transport aérien soit adaptée au monde d’aujourd’hui et qu’elle bénéficie de conditionscadre compétitives. A l’instar de la route et du rail, ce secteur est également régenté par des prescriptions et par des normes environnementales. La liberté n’est pas sans frontières, même au-dessus des nuages.

Quant à la navigation: Elle est le mode de transport principal du commerce mondial. La Suisse, qui est située au coeur du continent, n’est reliée aux grands ports de haute mer que par le Rhin. Il est donc important pour nous de pouvoir conserver un libre accès à ces ports. Les ports rhénans jouent un rôle important à la fois pour l’approvisionnement du pays et pour les exportations. 22 % de l’ensemble des importations arrivent à Bâle par la voie fluviale. Le transbordement de conteneurs, mais aussi de produits agricoles, de matériaux de construction et d’acier a enregistré une croissance en 2006.

En guise de bilan, si je considère le rail, la route, l’avion et la navigation sur le Rhin sous l’angle de la mobilité, des coûts, de la sécurité et de l’écologie, je constate que la coexistence de ces quatre modes de transport est bonne :
  • L’utilisation judicieuse et équilibrée des différents modes de transport accroît la prospérité et la qualité de vie.
  • La mobilité augmente parallèlement à l’économie.
  • La loi sur le fonds d’infrastructure a permis de mettre fin à la guerre de tranchées qui opposait transports publics et transports privés ; les deux secteurs reçoivent une importante somme d’argent, pratiquement la même. En 2005 par exemple, 4,2 milliards de francs o­nt été investis dans les routes et 4,4 milliards dans les chemins de fer.
  • La Suisse possède aujourd’hui des infrastructures de transport sûres et de qualité. Avec les 200 km à l’heure que permet d’atteindre Rail 2000 sur l’axe du Plateau, les conditions se rapprochent de celles du Japon.
  • Avec la RPLP (la redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations), la Suisse dispose d’une taxe d’incitation permettant d’améliorer l’efficacité des transports par la route et de soutenir le transfert du trafic de la route au rail.
  • Avec le fonds FTP, le fonds d’infrastructure et les droits d’entrée sur les carburants, nous avons introduit des mécanismes propres à garantir à long terme le financement des infrastructures de transport.

Cela dit, l’avenir nous réserve d’autres défis :
  • La charge de CO2 émanant du trafic doit continuer de baisser et le transfert du trafic des marchandises de la route au rail doit se poursuivre.
  • Si nous voulons rester un pays compétitif , nous devons également investir dans les infrastructures en Suisse.
  • Il convient d’améliorer les conditions-cadre régissant l’économie des transports dans son ensemble afin d’assurer notre présence sur les marchés étrangers dans le futur.

Parallèlement, les entreprises de transport public doivent accroître leur compétitivité pour devenir des exploitations capables d’affronter la concurrence au niveau européen. Tôt ou tard, les chemins de fer suisses seront confrontés à la concurrence internationale dans les appels d’offres lancés par les réseaux de transports publics régionaux. C’est dans ce contexte que le monde politique suisse doit se mobiliser pour préparer les entreprises à affronter cette concurrence.

Enfin, il est important – tous modes de transport confondus – de déployer une politique des transports à long terme, du point de vue non seulement économique mais aussi écologique. Avec sa politique climatique (catalyseur, loi sur le CO2 etc.), sa politique de transfert du trafic de la route au rail et grâce à la forte présence des transports publics (100 % des lignes ferroviaires électrifiées, pas de courant provenant de centrales au charbon), la Suisse joue en la matière un rôle de leader en comparaison internationale. Ces objectifs, il faut les poursuivre en incitant à trouver des solutions novatrices, intelligentes et économiques en matière de transport plutôt qu’en introduisant de nouvelles interdictions et de nouveaux impôts. C’est une approche qui permettra de prendre au mieux en compte les besoins liés à la mobilité, aux coûts, à la sécurité et à l’écologie.

Je vous remercie d’associer vos efforts aux nôtres afin de veiller à ce que la place économique suisse puisse stimuler sa compétitivité grâce à de bonnes infrastructures de transport, servies par la réputation de précision que s’est forgé notre pays.

 

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