13. 10. 2026

Prix LITRA 2026 : les différentes régions du pays ont des approches différentes des TP

Dans le transport régional de voyageurs, les recettes provenant de la vente de billets couvrent en moyenne un peu plus de la moitié des coûts, le reste étant pris en charge par la Confédération et les cantons. Concernant le taux de couverture des coûts, les différences ne se manifestent pas uniquement entre les cantons, mais également entre la Suisse alémanique et la Suisse latine. Un travail de master récompensé par le Prix LITRA 2026 s’est penché sur les raisons de cet écart.

Nico Wyss a remporté le Prix LITRA 2026 pour son travail de master sur le transport régional de voyageurs. © LITRA

Par Benedikt Vogel, auteur indépendant

Après des votations populaires, le « Röstigraben » est régulièrement invoqué comme modèle d’explication. La Suisse romande, réputée comme étant plus attachée à l’État, davantage orientée vers l’intérêt général et généreuse, est alors opposée à une Suisse alémanique présentée comme plus distante vis-à-vis de l’État, plus individualiste et plus économe. Même si toutes les caricatures ne se vérifient pas, le « Röstigraben » existe bel et bien, y compris dans le domaine des transports publics.

Ainsi, la Suisse romande compte davantage de véhicules motorisés et moins de vélos que la Suisse alémanique ; les abonnements demi-tarif et les abonnements généraux y sont également moins répandus. La différence entre les différentes régions du pays se manifeste également dans un domaine que seul un cercle restreint d’experts des transports connaît de près : le financement du transport régional de voyageurs (TRV).

Différentes couvertures des coûts

Le TRV est la composante des transports publics qui relie les différentes régions entre elles et aux régions voisines. Il comprend les trains, les bus, les remontées mécaniques ainsi que les bateaux et fait le lien entre le trafic longue distance et le trafic local. Contrairement au trafic longue distance, le transport régional de voyageurs et le trafic local ne couvrent pas leurs coûts.

Aussi, le taux de couverture des coûts constitue un indicateur clé du TRV. Il indique la part des coûts complets des TP couverte par les clients au moyen des prix des billets. Elle s’élève en moyenne à 61 % en Suisse alémanique et à 40 % en Suisse latine (Suisse romande et Tessin). Cela représente un écart marqué de plus de 20 points de pourcentage.

Bien que cet écart soit connu depuis longtemps, il n’a jusqu’à présent fait l’objet d’aucune étude approfondie. Nico Wyss vient désormais combler cette lacune avec un travail de master qu’il a achevé avec succès au printemps à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et qui a été récompensé début octobre par le Prix LITRA 2026.

Le taux de couverture des coûts du TRV varie aussi bien d’un canton à l’autre qu’entre la Suisse alémanique et la Suisse latine. © Nico Wyss

Dans l’ouest et le sud du pays, les TP sont moins sollicités

L’étudiant en master du cursus Management, technologie et entrepreneuriat a rassemblé un vaste ensemble de données pour son travail. Il s’est notamment appuyé sur les valeurs de planification du TRV pour 2025. Cette année-là, la Confédération et les cantons avaient commandé plus de 1 600 offres (lignes de TP) auprès de 101 entreprises de transport dans tout le pays, pour un montant total d’indemnités de 2,2 milliards de francs. Dans son travail, Nico Wyss a utilisé différentes méthodes mathématiques pour extraire de cette masse de données les facteurs permettant d’expliquer les écarts de taux de couverture des coûts.

Ceux qui pensaient que la Suisse romande et le Tessin finançaient les TP de manière particulièrement généreuse se trompent. La principale raison pour laquelle la Suisse latine couvre moins largement ses coûts dans le TRV que la Suisse alémanique tient plutôt à la demande : les TP sont tout simplement moins utilisés dans l’ouest et le sud de la Suisse et affichent par conséquent un taux d’occupation plus faible. Ou, plus concrètement : quand une liaison de TP compte en moyenne 33 passagers en Suisse alémanique, elle n’en compte que 22 en Suisse latine.

La demande fait la différence : les lignes très fréquentées affichent généralement des taux de couverture des coûts plus élevés. Cette corrélation s’observe aussi bien sur les lignes de bus que sur les lignes ferroviaires dans les deux régions linguistiques. © Nico Wyss

Un bilan plus nuancé en termes de coûts

En revanche, les coûts d’exploitation et les prix des billets jouent un rôle secondaire dans cet écart : les coûts par kilomètre parcouru et les recettes par passager-kilomètre diffèrent à peine entre la Suisse alémanique et la Suisse latine. Il existe néanmoins certaines différences : les coûts sont certes légèrement inférieurs en Suisse alémanique, mais uniquement dans le transport par bus.

La raison : en Suisse romande, les bus circulent en moyenne plus lentement. Cela s’explique notamment par des facteurs topographiques et par la structure de l’habitat, qui rendent plus difficile une conception efficace des horaires et des rotations. À cela s’ajoutent des coûts de personnel légèrement plus élevés. En revanche, la Suisse romande affiche même des coûts par kilomètre d’horaire inférieurs à ceux de la Suisse alémanique dans le transport ferroviaire.

Si l’on cherche à comprendre ce qui explique la demande plus élevée de TP en Suisse alémanique, deux facteurs ressortent : le nombre d’abonnements demi-tarif rapporté au nombre d’habitants, ainsi que la densité de population. Si l’on neutralise ces deux facteurs, l’écart entre les régions linguistiques en matière de taux de couverture des coûts disparaît. Le travail de master ne permet toutefois pas de déterminer de manière définitive si ces deux facteurs sont à l’origine de la demande plus élevée ou s’ils ne font que lui être corrélés.

Dans son travail de master, Nico Wyss a également comparé des cantons de Suisse romande à des cantons de Suisse alémanique, notamment l’offre de TP à Fribourg et Lucerne. La comparaison montre que Lucerne bénéficie de conditions favorables à une offre de TP fortement fréquentée, grâce à sa densité de population plus élevée, à une part modale plus importante des TP et à une concentration des déplacements sur quelques grands corridors de transport, tandis que Fribourg nécessite une desserte territoriale plus étendue. © Nico Wyss

Contribution au débat politique sur le TRV

Le travail de master de Nico Wyss représente bien plus qu’un simple exercice académique : il nous plonge au cœur d’un débat actuel de politique des transports sur le financement du transport régional de voyageurs. En 2025, ses coûts étaient couverts à 55 %. Sur le plan politique, les appels à une augmentation du taux de couverture des coûts se font de plus en plus nombreux.

Au vu des résultats de son travail, Nico Wyss doute qu’il soit possible d’améliorer sensiblement le taux de couverture des coûts à court terme par les seules hausses tarifaires ou des réductions de coûts. « Miser sur des optimisations de la planification de l’offre à moyen et long terme, susceptibles d’accroître la demande et d’améliorer le taux d’occupation serait plus judicieux », explique Nico Wyss. Il identifie des pistes d’amélioration aussi bien dans une utilisation plus efficace des moyens d’exploitation existants, notamment en évitant les temps d’inactivité, que dans une offre plus attractive, susceptible d’attirer davantage de passagers et de réduire les temps de trajet.

Le Léman Express, mis en service en 2019 dans le Grand Genève, connaît depuis un grand succès. © Shutterstock

Au cours des dernières années, le taux de couverture des coûts n’a cessé d’augmenter, hormis durant la période du coronavirus. Poursuivre cette évolution au cours des prochaines années ne sera pas chose aisée, compte tenu de la hausse des coûts à laquelle les entreprises de transport sont confrontées. « Malgré ces conditions difficiles, notre objectif reste d’augmenter la part des recettes dans le financement du transport régional de voyageurs. Pour atteindre cet objectif, nous devons convaincre davantage de personnes d’utiliser les TP », affirme Martin Candinas, président de la LITRA et conseiller national.

Les adaptations tarifaires prévues pour la fin de 2026 vont dans ce sens, tout comme la mise en place de nouvelles offres de TP attractives. Martin Candinas illustre la voie à prendre pour y parvenir sur la base d’un exemple tiré de Suisse romande : « Le Léman Express a été lancé dans le Grand Genève en 2019. En quelques années, il est devenu une offre de transport très appréciée et utilisée. »


Der Prix LITRA 2026: LITRA-Präsident Martin Candinas, Nikolett Seben (Preisträgerin), Bundesrätin Karin Keller-Sutter, Jakob Deutschel (Preisträger) und Nico Wyss (Preisträger). © LITRA

Nico Wyss est l’un des trois lauréats du Prix LITRA 2026. « Je suis honoré et heureux que mon travail de master ait été récompensé, car il porte sur une étude à la fois économique et politique, plutôt que sur une approche purement technique », explique Nico Wyss.

Le Lucernois de 24 ans a grandi a Schenkon. Il raconte qu’enfant, les transports le fascinaient déjà et qu’il avait suivi plus tard un projet de gare souterraine avec le plus grand intérêt.

Après sa maturité, Nico Wyss a obtenu un bachelor en génie civil à l’EPFL. Pour son master, il a choisi le cursus « Management, technologie et entrepreneuriat », une formation à l’interface entre les sciences de l’ingénieur et les sciences économiques.

Ce cursus comprend notamment un stage de six mois, durant lequel les étudiants rédigent leur travail de master. Nico Wyss a choisi de faire ce stage à l’Office fédéral des transports. Il y restera encore jusqu’à la mi-2027, au-delà de la fin de ses études.